{"id":5421,"date":"2022-03-09T19:03:59","date_gmt":"2022-03-09T19:03:59","guid":{"rendered":"https:\/\/alst.org\/?p=5421"},"modified":"2024-03-12T06:31:01","modified_gmt":"2024-03-12T06:31:01","slug":"biographie-emma-arnold-chapitre-2-1923-1939-epouse-et-mere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/alst.org\/fr\/histoire\/biographies-fr-2\/biographie-emma-arnold-chapitre-2-1923-1939-epouse-et-mere\/","title":{"rendered":"Biographie Emma Arnold Chapitre 2 (1923-1939) : Epouse et m\u00e8re"},"content":{"rendered":"\n<figure class=\"wp-block-image alignleft size-full\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/alst.org\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/5-eugenie-e1646852046513.jpeg\" alt=\"Eug\u00e9nie (19 ans) aimait aller danser le samedi soir.\" class=\"wp-image-3132\"\/><figcaption>Eug\u00e9nie (19 ans) aimait aller danser le samedi soir.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Eug\u00e9nie grandit et devint une jeune fille vive et charmante qui raffolait des bals du samedi soir. Emma l\u2019escortait \u00e0 titre de chaperon et passait la soir\u00e9e enti\u00e8re sur une chaise, \u00e0 attendre que sa s\u0153ur ait \u00e9puis\u00e9 tous ses partenaires de danse. Un jeune homme du nom d\u2019Adolphe Arnold, qui chaperonnait lui aussi sa s\u0153ur, s\u2019asseyait souvent \u00e0 une table voisine. Les deux jeunes gens se mirent \u00e0 converser. Emma d\u00e9couvrit qu\u2019Adolphe travaillait, comme elle, dans une usine textile. Ils se trouv\u00e8rent tant de points communs qu\u2019ils d\u00e9cid\u00e8rent de s\u2019unir pour la vie. Quand Adolphe monta \u00e0 Bergenbach pour demander la main d\u2019Emma, il y re\u00e7ut un accueil glacial. Ce jeune homme issu d\u2019une famille pauvre qui n\u2019avait m\u00eame pas de champs et de b\u00e9tail ne devait pas savoir ce que c\u2019\u00e9tait que travailler&nbsp;! Et pouvait-on qualifier de \u00ab&nbsp;m\u00e9tier&nbsp;\u00bb cet emploi artistique qu\u2019il occupait \u00e0 l\u2019usine&nbsp;? De plus, il \u00e9tait si maigre&nbsp;! Marie ne pouvait s\u2019opposer au choix de sa fille, \u00e2g\u00e9e 26 ans. Mais ses remarques continuelles, toujours blessantes, rendirent la vie p\u00e9nible, non seulement \u00e0 Emma, mais \u00e0 l\u2019ensemble de la famille.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-full\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/alst.org\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/5a-e1646852166497.jpeg\" alt=\"Le talent artistique d'Adolphe ne trouvait pas d'\u00e9cho aupr\u00e8s de la m\u00e8re d'Emma\" class=\"wp-image-3137\"\/><figcaption>Le talent artistique d&rsquo;Adolphe ne trouvait pas d&rsquo;\u00e9cho aupr\u00e8s de la m\u00e8re d&rsquo;Emma<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Alors que le jour du mariage approchait, Marie se disputa violemment avec son futur gendre. Elle voulait organiser un repas somptueux, qui en impose aux villageois. Mais elle n\u2019en avait pas les moyens \u2013 elle emprunterait la somme, disait-elle. Adolphe s\u2019opposa radicalement \u00e0 ce projet. Il n\u2019\u00e9tait pas homme \u00e0 se soucier du \u00ab&nbsp;qu\u2019en dira-t-on&nbsp;\u00bb. Pourquoi feindre d\u2019avoir de l\u2019agent si on \u00e9tait pauvre? Pour s\u2019\u00e9tablir, Adolphe ne disposait que de l\u2019\u00e9quivalent d\u2019une semaine de salaire car, comme Emma, il avait toujours vers\u00e9 ce qu\u2019il gagnait \u00e0 sa famille. Marie, furieuse, ne reversa \u00e0 sa fille que trois jours de salaire en guise de dot. Pour adoucir l\u2019humeur belliqueuse de sa future belle-m\u00e8re, Adolphe consentit \u00e0 la c\u00e9l\u00e9bration d\u2019une grand-messe de mariage \u00e0 la chapelle d\u2019Oderen \u2013 une prestation co\u00fbteuse qu\u2019il paya de sa poche.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Leurs salaires r\u00e9unis \u00e9taient tout juste suffisants pour permettre aux jeunes mari\u00e9s de louer une petite pi\u00e8ce avec cuisine au village. La propri\u00e9taire, une dame \u00e2g\u00e9e, les prit en piti\u00e9 et leur donna un vieux lit et une table. Des caisses retourn\u00e9es leur servaient de chaises. Apr\u00e8s quatre ans d\u2019\u00e9conomies, ils d\u00e9m\u00e9nag\u00e8rent dans un appartement situ\u00e9 dans une demeure nomm\u00e9e&nbsp;<em>Bl\u00e4ttmat<\/em>&nbsp;qui appartenait \u00e0 l\u2019usine de Wesserling o\u00f9 Adolphe travaillait. Ils jug\u00e8rent alors que leur nid \u00e9tait pr\u00eat pour accueillir des enfants.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-full\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/alst.org\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/5b-e1646852222741.jpeg\" alt=\"Ein Aquarell von Arnolds gem\u00fctlichem H\u00e4uschen in Bl\u00e4ttmatt\" class=\"wp-image-3157\"\/><figcaption>Ein Aquarell von Arnolds gem\u00fctlichem H\u00e4uschen in Bl\u00e4ttmatt<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019hiver 1928\/1929 fut si rude que les canalisations, les fontaines et les rivi\u00e8res gel\u00e8rent. Il fallait casser la glace avec une hache pour acc\u00e9der \u00e0 l\u2019eau. Emma, enceinte, descendit \u00e0 la rivi\u00e8re en tenant un seau devant elle. Elle glissa et tomba en avant, sur le ventre. Le couple pleura longtemps la perte tragique du petit gar\u00e7on \u00e0 na\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quelque deux ans plus tard, Emma s\u2019appr\u00eata \u00e0 accoucher \u00e0 domicile de son deuxi\u00e8me enfant. Les contractions, puissantes et douloureuses, se succ\u00e9d\u00e8rent&nbsp; plus d\u2019une journ\u00e9e, sans r\u00e9sultat, la laissant \u00e9puis\u00e9e et pantelante. La sage-femme, soucieuse, demanda \u00e0 Adolphe d\u2019aller qu\u00e9rir le m\u00e9decin. Celui-ci arriva rapidement pour trouver Emma dans un \u00e9tat critique. Il prit Adolphe \u00e0 part et lui demanda, dans l\u2019urgence&nbsp;: \u00ab&nbsp;Je sauve qui, la m\u00e8re ou l\u2019enfant&nbsp;?&nbsp;\u00bb Boulevers\u00e9, Adolphe lui r\u00e9pondit de sauver sa femme. Le 17 ao\u00fbt, apr\u00e8s une deuxi\u00e8me journ\u00e9e de contractions, une petite fille vint au monde, le teint bleu\u00e2tre et les membres flasques. Le m\u00e9decin la mit de c\u00f4t\u00e9 sur un coussin et consacra toute son attention \u00e0 la m\u00e8re. Eug\u00e9nie, qui \u00e9tait pr\u00e9sente et avait fait de son mieux pour soutenir sa s\u0153ur, vit soudain que le b\u00e9b\u00e9 ne bougeait plus du tout. Elle cria pour alerter le m\u00e9decin qui attrapa l\u2019enfant par les pieds et lui donna une tape dans le dos. Un puissant vagissement retentit, soulageant tout le monde, et le m\u00e9decin retourna \u00e0 Emma.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La petite fille devait s\u2019appeler Simone, mais comme on voulait la mettre sous la protection de la Vierge, on la d\u00e9clara sous le nom de Marie-Simone.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Eug\u00e9nie, qui avait perdu son mari depuis peu, s\u2019installa chez les Arnold pour s\u2019occuper de la m\u00e8re et de l\u2019enfant. Marie descendit de Bergenbach \u00e0 Wesserling pour donner des conseils avis\u00e9s sur les plantes \u00e0 administrer \u00e0 la m\u00e8re et \u00e0 l\u2019enfant. Elles se r\u00e9tablirent si rapidement que le bapt\u00eame put avoir lieu une semaine plus tard. Adolphe d\u00e9cida d\u2019honorer la sage-femme en lui demandant de porter Simone sur les fonds baptismaux et en lui attribuant la place d\u2019honneur au repas familial qui suivit.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-full\"><img fetchpriority=\"high\" decoding=\"async\" width=\"286\" height=\"400\" src=\"https:\/\/alst.org\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/6-e1646852286447.jpeg\" alt=\"Lorsque Marie Simone Arnold (au bras de la sage-femme) est baptis\u00e9e catholique, toute la famille se r\u00e9unit\" class=\"wp-image-3162\" srcset=\"https:\/\/alst.org\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/6-e1646852286447.jpeg 286w, https:\/\/alst.org\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/6-e1646852286447-167x234.jpeg 167w\" sizes=\"(max-width: 286px) 100vw, 286px\" \/><figcaption>Lorsque Marie Simone Arnold (au bras de la sage-femme) est baptis\u00e9e catholique, toute la famille se r\u00e9unit<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">La religion occupait une place importante dans la vie des Arnold, mais ils croyaient aussi que certaines questions relevaient d\u2019une d\u00e9cision personnelle. L\u2019Eglise interdisait toute forme de contraception, mais ils d\u00e9cid\u00e8rent de passer outre&nbsp;: soulag\u00e9s par l\u2019issue heureuse du dernier accouchement, ils d\u00e9cid\u00e8rent de ne plus risquer la vie d\u2019Emma&nbsp;par une nouvelle grossesse.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Pour faire durer le salaire rapport\u00e9 par son mari, Emma travailla diligemment \u00e0 domicile&nbsp;; tout en \u00e9levant sa fille, elle effectuait des travaux de couture et planta un potager dont elle mettait les fruits et l\u00e9gumes en conserve. Elle se rendait aussi r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 Bergenbach pour aider sa m\u00e8re aux travaux de la ferme et revoir Germain, le seul de la fratrie qui habitait encore chez ses parents. &nbsp;<strong><\/strong><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-full\"><img alt=\"Gro\u00dfmutter Marie mit Simone\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/alst.org\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/7-e1646852345265.jpeg\" alt=\"Grand-m\u00e8re Marie avec Simone\n\" class=\"wp-image-3167\"\/><figcaption>Grand-m\u00e8re Marie avec Simone<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">\u00c0 la grande ville<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 l\u2019usine de Wesserling o\u00f9 Adolphe travaillait comme conseiller artistique, les cadres, m\u00eame dialectophones, ne s\u2019exprimaient qu\u2019en fran\u00e7ais. C\u2019\u00e9tait un moyen d\u2019affirmer leur appartenance \u00e0 la \u00ab&nbsp;bonne soci\u00e9t\u00e9&nbsp;\u00bb et de se d\u00e9marquer du commun des travailleurs. Emma souhaitait faire honneur \u00e0 son mari et recopiait tous les jours des pages et des pages de fran\u00e7ais. Mais alors que la vie commen\u00e7ait \u00e0 sembler douce et paisible aux \u00e9poux Arnold, la r\u00e9gion fut secou\u00e9e par des troubles politiques et sociaux. Suite aux probl\u00e8mes \u00e9conomiques qui s\u2019ensuivirent, l\u2019usine de Wesserling ferma. Adolphe retrouva rapidement un emploi dans une entreprise textile situ\u00e9e \u00e0 Mulhouse, ce qui l\u2019obligeait \u00e0 effectuer quotidiennement de longues navettes entre la ville et son domicile. Pendant un an, il ne put qu\u2019entrevoir sa fillette endormie quand il prenait le premier train du matin et qu\u2019il revenait tard le soir. Finalement, en 1933, l\u2019usine mit \u00e0 sa disposition un appartement \u00e0 Mulhouse-Dornach.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-full\"><img alt=\"Familie Arnold versuchte sich in ihrer Wohnung im dritten Stock eines Hauses in M\u00fc\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/alst.org\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/8-dornach-e1646852464405.jpeg\" alt=\"La famille Arnold s'est essay\u00e9e \u00e0 l'\u00e9criture dans son appartement au troisi\u00e8me \u00e9tage d'un immeuble de Mulhouse-Dornach.\n\" class=\"wp-image-3172\"\/><figcaption>La famille Arnold s&rsquo;est essay\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture dans son appartement au troisi\u00e8me \u00e9tage d&rsquo;un immeuble de Mulhouse-Dornach.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Les Arnold n\u2019aimaient pas leur condition de citadin. M\u00eame Zita, leur petite chienne, paraissait perturb\u00e9e. La vie, dans un immeuble en ville, induisait d\u2019\u00e9normes changements, qui affectaient aussi certains aspects du travail d\u2019Adolphe&nbsp;: \u00e0 pr\u00e9sent, il devait porter des chemises blanches, \u00e0 changer tous les jours. Comme il n\u2019avait pas les moyens de s\u2019acheter une telle quantit\u00e9 de chemises, Emma les confectionna elle-m\u00eame dans des coupons de tissu blanc \u00e0 prix r\u00e9duit que la fabrique mettait \u00e0 la disposition des ouvriers.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le dimanche, les Arnold retournaient vers leurs montagnes bien-aim\u00e9es. Ils se rendaient tant\u00f4t \u00e0 Kruth, chez Paul Arnold (qui, apr\u00e8s s\u2019\u00eatre occup\u00e9 de la fratrie d\u2019Adolphe, \u00e9levait \u00e0 pr\u00e9sent les deux enfants de la s\u0153ur d\u2019Adolphe, d\u00e9c\u00e9d\u00e9e pr\u00e9matur\u00e9ment), tant\u00f4t \u00e0 Bergenbach pour aider aux travaux de la ferme. Eug\u00e9nie ne pouvait seconder ses parents car elle travaillait en ville comme gouvernante et Valentine se sentait trop \u00ab dame&nbsp;\u00bb pour s\u2019ab\u00eemer les mains \u00e0 ce genre de t\u00e2che.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image aligncenter size-full\"><img alt=\"Von links nach rechts: Emma, Adolphe, Gro\u00dfvater R\u00e9my, Tante Eug\u00e9nie, Gro\u00dfmutter Marie, in der Mitte Simone\" decoding=\"async\" src=\"https:\/\/alst.org\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/9-e1646852570453.jpeg\" alt=\"De gauche \u00e0 droite : Emma, Adolphe, grand-p\u00e8re R\u00e9my, tante Eug\u00e9nie, grand-m\u00e8re Marie, au centre Simone.\n\" class=\"wp-image-3177\"\/><figcaption>De gauche \u00e0 droite : Emma, Adolphe, grand-p\u00e8re R\u00e9my, tante Eug\u00e9nie, grand-m\u00e8re Marie, au centre Simone.<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Puis les troubles politiques et sociaux recommenc\u00e8rent \u00e0 menacer la vie ou, du moins, les moyens d\u2019existence des gens. L\u2019Allemagne reconstituait ses forces militaires et la France r\u00e9pondait en \u00e9difiant, le long de sa fronti\u00e8re nord-est, un vaste syst\u00e8me fortifi\u00e9 connu sous le nom de \u00ab&nbsp;ligne Maginot&nbsp;\u00bb pour prot\u00e9ger l\u2019Alsace et la Lorraine de toute attaque allemande directe.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Conversion et controverses<\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans le foyer Arnold, un autre probl\u00e8me surgit. Adolphe et Emma avaient vu un pr\u00eatre se conduire avec ind\u00e9cence vis-\u00e0-vis d\u2019un enfant. Cela troubla Emma au point qu\u2019elle refusa d\u2019aller \u00e0 l\u2019\u00e9glise o\u00f9 ce pr\u00eatre officiait. A peu pr\u00e8s au m\u00eame moment, deux hommes venant de B\u00e2le, en Suisse, sonn\u00e8rent \u00e0 sa porte et lui laiss\u00e8rent des opuscules religieux. Elle s\u2019acheta une bible catholique pour v\u00e9rifier les citations puis elle commanda d\u2019autres brochures malgr\u00e9 les r\u00e9ticences d\u2019Adolphe. Emma avait toujours privil\u00e9gi\u00e9 le bien-\u00eatre et le bonheur de son mari mais, convaincue d\u2019avoir trouv\u00e9 la v\u00e9rit\u00e9 telle qu\u2019elle est expos\u00e9e dans la bible, elle refusa de c\u00e9der \u00e0 l\u2019insistance d\u2019Adolphe qui voulait qu\u2019elle arr\u00eate de lire les \u00e9crits de ces&nbsp;<em>Bibelforscher<\/em>&nbsp;(\u00ab&nbsp;Etudiants de la bible&nbsp;\u00bb) aussi appel\u00e9s T\u00e9moins de J\u00e9hovah. Elle ne conc\u00e9dait \u00e0 personne, pas m\u00eame \u00e0 son \u00e9poux, le droit d\u2019interf\u00e9rer avec sa libert\u00e9 de culte. Adolphe d\u00e9cida de ne plus lui adresser la parole et ne sortait de son mutisme que pour les choses indispensables. Il se mit aussi \u00e0 fumer \u00e0 la cha\u00eene tandis que s\u2019\u00e9largissait la br\u00e8che dans leur harmonie conjugale.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Emma alla voir ses voisins pour partager avec eux la foi qu\u2019elle venait de trouver. Elle lisait aussi des passages de la bible \u00e0 Simone, alors \u00e2g\u00e9e de 7 ans. Celle-ci ne voulut bient\u00f4t plus aller \u00e0 la messe du dimanche mais Emma lui ordonna de se montrer respectueuse envers son p\u00e8re et de l\u2019accompagner \u00e0 l\u2019\u00e9glise sans rechigner. Sur le trajet, la fillette n\u2019arr\u00eatait pas de poser des questions religieuses auxquelles Adolphe \u00e9tait incapable de r\u00e9pondre, si bien qu\u2019au bout d\u2019un an environ, il renon\u00e7a \u00e0 l\u2019emmener pour s\u2019\u00e9viter \u00ab&nbsp;cette corv\u00e9e&nbsp;\u00bb. Il opta alors pour une autre strat\u00e9gie&nbsp;: passer commande d\u2019un livre publi\u00e9 par les&nbsp;<em>Bibelforscher<\/em>, intitul\u00e9&nbsp;<em>Cr\u00e9ation,&nbsp;<\/em>et le lire pour d\u00e9montrer que son contenu n\u2019\u00e9tait qu\u2019un ramassis d\u2019h\u00e9r\u00e9sies et de stupidit\u00e9s. Mais ce qu\u2019il y trouva le convainquit que sa femme avait raison et que l\u2019ouvrage refl\u00e9tait fid\u00e8lement l\u2019enseignement de la bible. Emma se fit baptiser comme T\u00e9moin de J\u00e9hovah \u00e0 B\u00e2le, en 1938, et Adolphe l\u2019ann\u00e9e suivante. Entre les deux \u00e9v\u00e9nements, les menaces de guerre se pr\u00e9cis\u00e8rent. Adolphe, qui n\u2019avait pas loin de quarante ans, fut rappel\u00e9 en tant que r\u00e9serviste lors du conflit des Sud\u00e8tes. Il laissa femme et fille pour se rendre au poste qu\u2019on lui avait assign\u00e9. Les tensions internationales s\u2019apaisant, il fut rapidement renvoy\u00e9 dans son foyer o\u00f9 il d\u00e9clara \u00e0 sa femme qu\u2019il refuserait d\u00e9sormais, pour motif de conscience, tout nouvel ordre d\u2019incorporation. Tous les deux \u00e9taient conscients que cette d\u00e9cision pourrait lui co\u00fbter la vie en cas de conflit av\u00e9r\u00e9. Mais Emma n\u2019en soutint pas moins la prise de position de son mari de toute la force de sa foi.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image alignright size-full\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/alst.org\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/10-eugenie2-e1646854433491.jpeg\" alt=\"Eug\u00e9nie kurz vor dem Zweiten Weltkrieg\" class=\"wp-image-3092\"\/><figcaption>Eug\u00e9nie peu avant la Seconde Guerre mondiale<\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Quand la guerre sembla imminente, Emma et Adolphe voulurent encourager les leurs gr\u00e2ce au message d\u2019espoir contenu dans la bible. Ils se rendirent d\u2019abord \u00e0 Bergenbach o\u00f9 toute la famille devait se retrouver pour un d\u00e9jeuner dominical. Mais leurs propos furent accueillis par des injures. Seul R\u00e9my garda son calme et alla vaquer aux t\u00e2ches de la ferme. Adolphe laissa Emma faire front \u00e0 la fratrie exasp\u00e9r\u00e9e et \u00e0 sa m\u00e8re qui bouillait de col\u00e8re. Il prit la poudre d\u2019escampette avec Simone pour aller \u00e0 Kruth voir son p\u00e8re adoptif, Paul Arnold, \u00e0 qui il voulait offrir une bible. Il eut \u00e0 peine le temps de la poser sur la table&nbsp;; Paul, qu\u2019Adolphe respectait infiniment, jeta l\u2019ouvrage par la fen\u00eatre et son beau-fils par la porte. Adolphe et Emma furent bannis le m\u00eame jour par leurs familles respectives qui d\u00e9cid\u00e8rent de ne plus leur parler. M\u00eame Eug\u00e9nie, qui habitait Mulhouse, refusait dor\u00e9navant de rendre visite \u00e0 sa s\u0153ur ren\u00e9gate. Elle consentait seulement \u00e0 voir Simone, qu\u2019elle retrouvait \u00e0 la sortie de l\u2019\u00e9cole.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ces mois agit\u00e9s d\u2019avant-guerre virent Emma effectuer souvent de longs trajets, en d\u00e9pit de son arthrite, pour dispenser une aide spirituelle et mat\u00e9rielle \u00e0 son prochain. Son \u00e9l\u00e8ve la plus z\u00e9l\u00e9e \u00e9tait Simone, tant dans les domaines spirituel que pratique. Avec sa m\u00e8re, Simone apprenait \u00e0 raisonner sur la base de la bible mais aussi \u00e0 coudre, tricoter et cuisiner. Avec son p\u00e8re, dont elle partageait le solide bon sens, elle d\u00e9veloppait des standards moraux \u00e9lev\u00e9s et le go\u00fbt pour la peinture et \u00e0 la musique. Les Arnold prenaient part avec z\u00e8le aux activit\u00e9s religieuses de l\u2019association locale des T\u00e9moins de J\u00e9hovah de Mulhouse. Mais juste avant que la guerre n\u2019\u00e9clate, le gouvernement fran\u00e7ais interdit l\u2019\u0153uvre des T\u00e9moins de J\u00e9hovah.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Eug\u00e9nie grandit et devint une jeune fille vive et charmante qui raffolait des bals du samedi soir. Emma l\u2019escortait \u00e0 titre de chaperon et passait la soir\u00e9e enti\u00e8re sur une chaise, \u00e0 attendre que sa s\u0153ur ait \u00e9puis\u00e9 tous ses partenaires de danse. 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